🎂 La conférence « Et si on pouvait cultiver l’eau ? » fête ses 3 bougies !
Cette semaine, la conférence « Et si on pouvait cultiver l’eau ? » fête ses 3 années d’existence. Née dans le contexte de l’après-sécheresse de 2022, cette conférence mêle vulgarisation scientifique sur les cycles de l’eau, présentation des principes de l’ hydrologie régénérative et invitation à passer concrètement à l’action, chacun.e à son échelle.
Elle est le résultat d'un travail de co-écriture au long cours réalisé avec Simon Ricard entre 2022 et 2023. Le déclencheur a été la demande d’un groupe d’agriculteur.ice.s de Nature et Progrès Haute-Loire qui organisait la 9 e édition de Lo Festenal Les Mauvaises Herbes à la Maison pour Tous de Chadrac. J'avais certes déjà eu l'occasion auparavant de donner une conférence ici ou là… mais j’étais très loin de m’imaginer que celle-ci m’amènerait aussi loin !
Le bilan
A ce jour, j’ai proposé cette conférence 125 fois au total, un peu partout en France et en Belgique :
✅ 25 à l’invitation de collectivités territoriales (Communes, Communautés de Communes, Communautés d’Agglomération, Départements, PNR)
✅ 23 pour des associations, qui œuvrent principalement dans le champ de la protection de l’environnement et de l’éducation populaire
✅ 19 à l’invitation d’entreprises ou de groupes d’entreprises dans des secteurs très variés, et notamment 7 fois pour la CEC (Convention des Entreprises pour le Climat)
✅ 15 lors de festivals, salons ou foires
✅ 14 à l’invitation de structures professionnelles, principalement dans les secteurs de l’agriculture et du paysage
✅ 12 pour des établissements scolaires (Lycées agricoles, CFA, CFPPA, écoles d’ingénieur, universités)
✅ 12 à destination d’un public exclusivement composé d’agriculteur.ice.s
✅ 5 pour des syndicats de rivière ou de bassin-versant
La conférence continue à être demandée, et mon agenda 🗓️ se remplit déjà pour 2026, avec une trentaine de dates déjà bouclées !
Les ingrédients
Quelles sont les raisons de l'engouement que suscite cette conférence ? Il me semble que cela tient à de nombreux facteurs, qui ont trait à la fois au contexte climatique et sociétal, à la manière dont la conférence est construite, à ma posture en tant que conférencier, mais aussi à la dynamique qui entoure l'émergence de l'hydrologie régénérative en France.
Voici donc un petit résumé des ingrédients qui expliquent, selon moi, le succès et la longévité de la conférence :
✅ La multiplication ces dernières années des épisodes extrêmes (sécheresses, crues, inondations), un peu partout dans notre pays, et l'inquiétude grandissante qui en découle de la part de toutes les composantes de notre société (élus, entreprises, citoyens...).
✅ Le besoin sociétal de s'extraire de la litanie des mauvaises nouvelles, notamment relayées par les chaînes d'info en continu, afin de dépasser la sidération pour entrer dans le temps de l'action.
✅ Le besoin sociétal de trouver des modalités d'action qui soient activables simplement, localement, et sans faire reposer notre avenir commun sur d'hypothétiques avancées technologiques ou sur la bonne volonté des gouvernements, qu'ils soient français, chinois ou américains.
✅ Un bon équilibre dans le déroulé de la conférence entre apport de connaissances (il en faut mais pas trop), anecdotes personnelles (afin d'humaniser le propos) et partage d'exemples qui parlent au plus grand nombre.
✅ Une posture d'humilité (je parle à partir de mon expérience, sans avoir la prétention de tout comprendre), d'ouverture et de douceur (notamment quand je m'adresse à mes aïeux ou aux agriculteurs).
✅ Beaucoup de patience et de pédagogie (il faut souvent répéter les mêmes choses, et répondre aux mêmes questions et/ou inquiétudes).
✅ Un discours positif, même si la dynamique ne semble pas souvent aller dans le bon sens, car le pire n'est jamais certain.
La dynamique
La conférence n'est pas arrivée de manière isolée, mais elle a au contraire été soutenue (autant qu'elle la soutient) par la dynamique qui entoure l'émergence de l'hydrologie régénérative en France :
✅ La naissance simultanée de l'association Pour une Hydrologie Régénérative que j'ai eu l'honneur de co-fonder en octobre 2022 avec Charlène Descollonges et Simon Ricard. Cette association rassemble aujourd'hui plusieurs centaines de participant.e.s un peu partout en France, et une association sœur est née en Belgique.
✅ Le développement des projets et des formations par des structures et des personnes qui œuvrent au quotidien sur le terrain... Je pense notamment à Alain MALARD, les équipes de PermaLab et de Cultures Permanentes, Olivier Hébrard ou encore Eric YDAIS pour les plus proches de chez moi.
✅ La diffusion de la conférence sur internet, une première fois grâce à une captation au Tiers-Lieu "Le 97" à Besançon en février 2023, puis au lycée agricole du Neubourg par l'équipe de Ver de Terre Production en mars 2024.
✅ La sortie du livre "Cultiver l'eau douce" en avril 2025 aux Éditions Ulmer, issu d'un travail de co-écriture avec Antoine Talin et François Goldin, et d'un travail collaboratif avec Eve Coignot (Illustrations) et Kevin SIMON (Photographies). Je dois dire que je suis assez fier du résultat :D
✅ La promotion du livre nous a permis de gagner en visiblité, notamment avec un passage dans l'émission La Terre au Carré sur France Inter en mai 2025, mais aussi sur Tendances Premières à la RTBF en septembre dernier.
✅ La dynamique va encore s'accentuer en 2026, avec la sortie du manifeste de l'association Pour Une Hydrologie Régénérative dans le cadre de la campagne des élections municipales.
La vie de conférencier
Il y a encore 3 ans, j'avais une mauvaise image de la vie de conférencier. Dans mon esprit il ne pouvait pas y avoir grand-chose d'enrichissant à arriver quelque-part, répéter les mêmes choses, et repartir pour un autre lieu. Quelle n'a donc pas été ma surprise de constater que j'y prenais beaucoup de plaisir, et que j'apprenais moi-même énormément au contact des personnes et des institutions qui m'invitent !
Mais pour qu'il y ait un vrai échange, et que je m'y retrouve également, j'ai aussi petit à petit précisé mes demandes, et appris à refuser certaines propositions. En résumé :
✅ J'évite généralement les formats "courts" (moins d'1h) et les tables-rondes, qui sont pour moi très frustrants.
✅ Je propose régulièrement des ateliers (maquette, lecture de paysage) en complément de la conférence, afin de créer des occasions d'échanges plus riches avec les participant.e.s.
✅ Pour les transports, j'utilise systématiquement le train (sauf si la conférence est à 30 minutes de chez mois évidemment). Si j'ai déjà eu quelques retards, cela ne m'a jamais empêché d'être à l'heure pour une conférence ! J'ai d'ailleurs beaucoup de gratitude pour les agent.e.s de la SNCF.
✅ J'essaie autant que possible d'être hébergé chez l'habitant.e plutôt qu'à l'hôtel. Cela permet de limiter les coûts, et me permet de vivre de très chouettes rencontres.
Un autre aspect de ma vie de conférencier : je n'avais pas conscience à quelle point notre pays est riche de beaux équipements et de salles incroyables. C'est une grande chance que nous avons. Voici le top 5 des lieux qui m'ont le plus marqué sur ces 3 années :
✔️ La Rotonde de Thaon-les-Vosges (88)
✔️ Le Théâtre de la Ville de Valence (26)
✔️ La Cité des Paysages du Département de Meurthe-et-Moselle (54)
✔️ La Fabrique Générale à Paris (75)
✔️ L'Orangerie de Château Cheval Blanc (33)
J'ai aussi fait pour vous une petite sélection du top 5 des endroits les plus insolites dans lesquels j'ai donné ma conférence :
✔️ La salle du bar du Club de tir de Harthouse-Haguenau (67)
✔️ La salle de réception de l'Hippodrome de Saint-Galmier (42)
✔️ La chapelle de la station de Super Lioran (15)
✔️ La grange du Potager de Beaumesnil (27)
✔️ La grange de la Bergerie St-Lazare à Forcalquier (04)
Une suite pour la conférence !
Ces derniers mois, j'ai multiplié les échanges avec des personnes et des institutions qui souhaitaient savoir si je pouvais écrire "une suite" à ma conférence. L'idée me semblait séduisante ! Mais absorbé par le quotidien, pris en étau entre l'écriture du livre "Cultiver l'eau douce", le développement de l'association Pour une Hydrologie Régénérative et la rénovation des gîtes de L'Oasis de Serendip, je n'avais pas pris le temps de me pencher dessus.
Cet été, j'ai pris une semaine de "résidence d'écriture" pour faire le point et imaginer les contours de cette nouvelle conférence. J'ai lu, regardé des vidéos, échangé avec des collègues et des connaissances, commencé à organiser mes idées... Voici en résumé ce qui en est ressorti :
✅ Je propose une suite de la conférence "Et si on pouvait cultiver l'eau ?" dans le sens où j'en reprends les grands thèmes (la régénération, l'eau, le sol, les végétaux, les paysages) et les ingrédients qui en ont fait le succès (vulgarisation scientifique, connexion avec l'actualité, tonalité positive, accompagnement au passage à l'action). J'ai toutefois construit cette nouvelle conférence de manière à ce qu'il ne soit pas nécessaire d'avoir vu la première pour pouvoir en profiter pleinement :)
✅ Après avoir beaucoup creusé le sujet de l'eau, j'y aborde un nouveau thème central qui fait le lien entre les différentes parties de cette conférence : la santé. Santé globale, santé commune, santé unique, santé planétaire... Qu'est-ce qu'un écosystème en bonne santé ? Quels sont les liens entre santé des écosystèmes et santé humaine ? Je me suis entouré de personnes qui œuvrent dans ce domaine pour m'accompagner dans le travail d'écriture.
✅ Tout comme la conférence "Et si on pouvait cultiver l'eau ?", qui a beaucoup évolué au cours de la première année, je me donne quelques mois de "rodage" pour cette nouvelle conférence, avant de la diffuser en intégralité sur les réseaux.
Son titre (provisoire ?) est "Voulons-nous vraiment des coquelicots ?". J'ai hâte de vous la faire découvrir. Plusieurs dates sont en cours de discussion, je vous tiendrai au courant dans la rubrique agenda de ce site et via LinkedIn.
Duplomb dans la cervelle : où conduire notre agriculture et notre démocratie ?
Alors que nous approchons du plein cœur de l’été, et que toute la classe politique française aspire à des vacances (méritées?), un grain de sable est cruellement venu enrayer la machine : une pétition déposée en ligne sur le site de l’assemblée nationale deux jours après l’adoption de la loi Duplomb affole tous les compteurs.
Cette loi, adoptée sans débat en séance publique à la faveur d’un tour de passe-passe orchestré par des députés macronistes et de droite, est présentée comme visant à « lever les contraintes à l'exercice du métier d'agriculteur ». Dans la pratique elle réautorise certains néonicotinoïdes à titre dérogatoire, remet en cause l’indépendance de l'Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES), facilite administrativement les projets de construction de mégabassines, relève les seuils maximum du nombre d’animaux pour les plus gros élevages, et réduit les pouvoirs de l’Office Français pour la Biodiversité (OFB).
Ces derniers jours, on (re)parle donc dans les médias de l’acétamipride, un insecticide organochloré de la famille des néonicotinoïdes. On entend qu’il n’est pas aussi dangereux que cela puisque les autres pays d’Europe l’autorisent, qu’il n’existe pas d’alternative malgré plusieurs années de recherche, que s’il n’est pas ré-autorisé cela va provoquer une distorsion de concurrence avec les autres pays européens puisqu’il est autorisé ailleurs en Europe, que cela entraînera la disparition des filières françaises de production de betterave et de noisettes, et donc augmenter notre dépendance à l’importation de ces produits venant d’autres pays, ce qui réduira in fine notre souveraineté alimentaire et affaiblira notre agriculture. CQFD.
229 jours
Dans ce contexte brûlant, Agnès Pannier-Runacher, ministre de la Transition écologique (qui s’est dit défavorable à titre personnel à la réintroduction du pesticide) a annoncé qu’elle souhaitait que la fameuse ANSES (dont la loi Duplomb remet en cause l’indépendance - vous saisissez l’ironie) rende un avis sur le produit. La situation est encore plus savoureuse lorsque l’on sait que l’autorité a en réalité déjà mené ce travail à deux reprises, une première fois en 2018 et une seconde en 2021.
Les experts, de leur côté, sont assez unanimes. Invités de la matinale de France Inter, Philippe Grandcolas, directeur de recherche au CNRS et Pierre-Michel Périnaud, médecin et président de l'association "Alerte des médecins sur les pesticides", sont très clairs sur les risques environnementaux (toxicité pour les insectes, pollution de l'eau) et pour la santé (la substance traverse la barrière placentaire et peut donc contaminer le foetus) qui sont selon eux suffisamment documentés pour que soit appliqué le principe de précaution.
Bon. Maintenant que le décor est posé, prenons le temps de rembobiner ensemble cet argumentaire, et tentons de replacer ces éléments dans leur contexte pour mieux pouvoir nous positionner.
L’acétamipride, ou se promener tout nu en hiver et réclamer des antibiotiques
Que diriez-vous d’un être humain qui, se promenant nu en plein hiver, se plaindrait que ses problèmes de santé seraient la faute du virus de la grippe ? Vous le traiteriez de fou, et lui conseilleriez plutôt d’aller mettre des vêtements chauds ! Et bien figurez-vous que c’est exactement ce genre de situation qui se présente à nous aujourd’hui à propos de l’acétamipride.
Les pratiques agricoles ont beaucoup évolué depuis la moitié du XXème siècle, et la modernisation de l’agriculture a eu notamment pour effet de modifier totalement les équilibres écologiques dans nos campagnes. La destruction des haies, le rebouchage des mares, l’agrandissement des parcelles, l’érosion massive liée à un labour de plus en plus profond et des terres laissées « nues » durant l’hiver ont eu comme conséquence la destruction des habitats, gîtes et couverts de la majeure partie de la faune et de la flore non-cultivée.
Or, ces équilibres écologiques s’organisent sous la forme de chaînes trophiques, où les vers de terre sont mangés par les oiseaux, les moustiques par des crapauds, et les pucerons… par qui au fait ? Et bien toute une variété d’oiseaux insectivores, ainsi que des insectes prédateurs tels que les chrysopes, syrphides, perce-oreilles, braconides, et bien sûr les coccinelles, dont la larve est connue pour en manger jusqu’à 300 par jour ! La chute brutale du nombre de ces « auxiliaires » (800 millions d’oiseaux en moins en Europe depuis 1980 selon Rigal et al. 2023 ; 95 % de la biomasse en insectes en moins en 20 ans selon Ziescher et al. 2023) laisse la place à des déséquilibres d’autant plus flagrants qu’ils mettent en lumière la fragilité de notre modèle agricole, et sa dépendance totale à la chimie de synthèse.
Alors que dans un milieu riche et diversifié notre betterave serait mieux protégée du puceron (et donc du virus de la jaunisse dont il est le vecteur) par une formidable et complexe organisation écologique, la voici maintenant semée dans des « déserts » de biodiversité, si bien qu’elle ne peut compter que sur l’intervention du « tueur d’abeille » pour garantir sa « bonne santé ». Un peu comme si notre être humain dévêtu misait sur les antibiotiques pour passer l’hiver…
Les alternatives existent bel et bien
Alors que les débats en France sur l’interdiction des néocotinoïdes ont commencé dès 2007 (à l’occasion du Grenelle de l’environnement), les responsables de la FNSEA affirment n’avoir pas eu le temps de « trouver une alternative ». Et pour cause : si les équipes scientifiques de l’INRAE se penchaient il y a encore quelques années sur la recherche de substituts moins nocifs en remplacement des molécules incriminées et menacées d’interdiction, cette course de la reine rouge est en train de prendre fin depuis plusieurs années au profit d’approches plus systémiques : s’attaquer aux causes du développement immodéré du puceron plutôt que traiter les symptômes – d’autant que le puceron profite aussi des premières manifestations des changements climatiques liés à l’augmentation des gaz à effet de serre (c'est d'ailleurs la menace principale pour la filière selon les études réalisées dans le cadre du PNRI) : il apprécie nos hivers de plus en plus doux et nos printemps de plus en plus chauds.
C’est ainsi que les chercheurs, se penchant vers des solutions plus écologiques, développent des approches basées sur un faisceau de méthodes de régulation des bioagresseurs : il ne s’agit pas ici de remplacer une molécule par une autre moins nocive, mais de reconstituer préventivement le maillage paysager (plantation de haies, creusement de mares), modifier les pratiques culturales (sélection variétale, mélanges variétaux, succession de cultures, associations de cultures…), et d’adopter curativement si besoin des mesures de lutte physiques (bâchage, filet, argiles, huiles, bandes pièges), biotechniques (confusion sexuelle, kairomones) ou biologiques (lâchers inondatifs ou inoculatifs, pulvérisation microbiologique).
Je vous encourage aussi à regarder le webinaire « Interdiction des pesticides : quelles alternatives pour les agriculteurs ? », organisé par l'association Expertises Climat avec Aude VIALATTE, directrice de l’UMR Dynafor – INRAE et Alexis Aulagnier, Centre Émile Durkheim - Sciences Po Bordeaux :
Un problème de santé publique… et de démocratie
On peut s’inquiéter de la réintroduction de l’acétamipride, mais la teneur des débats qui ont entouré l’adoption de cette loi est plus inquiétante encore : nous n’avons pas encore pris la mesure de l’impact de notre modèle agricole sur le désastre écologique à l’œuvre. C’est notamment ce qu’on perçoit de la communication d’Emmanuel Macron, par la voix de Sophie Primas, porte-parole du gouvernement, à la sortie du conseil des ministres le 23 juillet dernier : "Il a rappelé que notre action politique, quelle qu'elle soit, y compris sur ces sujets agricoles, doit être notamment guidée par la science et que nous devons en même temps défendre nos agriculteurs" pour faire exercer "une juste concurrence", a-t-elle ajouté. Comme s'il y avait une opposition entre interdire l’acétamipride et défendre nos agriculteurs. Quel manque de hauteur de vue.
Ce n’est pas défendre nos agriculteurs que de les encourager encore à transformer nos campagnes en déserts, pour que nous puissions mieux nous intoxiquer au sucre raffiné (voir rapport de l’ANSES à ce sujet) et au Nutella (dont la production participe également à la déforestation dans les régions tropicales et à l'exploitation de réfugiés syriens dans des fermes de noisettes en Turquie), tout en les laissant en proie aux effets des changements climatiques (les études réalisées dans le cadre du PNRI montrent que c’est d’abord le changement climatique qui menace la filière betteravière), à la concurrence internationale et à la défiance populaire grandissante (comme le montre le succès de la pétition).
Défendre nos agriculteurs, c’est au contraire soutenir la conversion agro-écologique des filières de la betterave et de la noisette en proposant des prix rémunérateurs pour des productions de qualité, afin de limiter leur impact environnemental tout en réduisant la production à mesure que nous diminuerons le sucre et le gras dans notre alimentation. Nous réduirons ainsi également notre dépendance à l’importation de ces produits venant dans d’autres pays, ce qui augmentera in fine notre souveraineté alimentaire. Et au passage nous aurons des agriculteurs fiers de leur travail, et une nation fière de ses agriculteurs.
Nous n’avons ni besoin de l’acétamipride, ni besoin d’un substitut aux néocotinoïdes. Nous avons besoin de haies, de mares, de sols vivants. Nous avons besoin de betteraves poussant dans des écosystèmes diversifiés, où les pucerons seront contrôlés par leurs prédateurs naturels. Nous avons besoin d’une agriculture basée sur l’intelligence du vivant, un savoir-faire ciselé par des milliards d’années d’une lente et patiente évolution qui conduit aujourd’hui l’être humain à avoir l’honneur de pouvoir co-évoluer avec les autres formes de vie sur cette planète, peut-être encore pour quelque temps. Tâchons d’avoir un peu plus de respect et de gratitude pour ce cadeau que la vie nous fait : par exemple en tournant au plus vite la page du modèle agricole des 30 « glorieuses » pour ouvrir celle de l’agroécologie.
La bonne nouvelle, c’est que ce changement de paradigme est déjà là, bien présent dans notre pays. Ce sont les plus de 60.000 agricultrices et agriculteurs engagé.e.s en bio (chiffres de fin 2024), auxquels j’ajoute toutes celles et ceux qui ont mis en place des pratiques de conservation des sols, d’agroforesterie, d’hydrologie régénérative, de pâturages tournants… malgré une conjoncture peu favorable depuis quelques années. La pétition contre la Loi Duplomb est peut-être le signal qu’il est temps d’engager des politiques claires pour les soutenir et les encourager, y compris en ré-orientant les financements de la PAC en leur faveur. Réconcilier enfin santé publique, protection de l’eau, de la biodiversité et rémunération des agriculteurs, pour le bien de tous. C’est le sens de l’Histoire.
L'adaptation et l'atténuation ne sont pas des étapes sur le chemin de la régénération
Dès les premières pages, le décor est planté. Le danger rôde et se rapproche. Lointain, mais est-il réel ? Le doute s’installe. Le lecteur sent monter la pression, et se délecte par avance de la perspective des inévitables rebondissements, qui seront aussi épiques que tragiques. La ficelle est bien connue, et les romanciers en usent et en abusent pour bâtir leurs intrigues. A l’image du Seigneur des Ténèbres dont l’annonce du retour se fait sentir dès le premier tome de la saga Harry Potter, ou de la lointaine (mais bien réelle) menace que représentent les marcheurs blancs venus du Nord dans la série Game of Thrones, les alertes des scientifiques sur les changements climatiques ont égrainé notre actualité depuis maintenant 45 ans (etmême depuis 1896 si on remonte à la première prédiction par lechimiste suédois Svante Arrhenius), d’abord dans l’indifférence générale, et aujourd’hui dans un climat de tension de plus en plus grand, entre dénialisme, rassurisme, éco-anxiété et appels à l’action de plus en plus désespérés.
Peu enclins à changer leurs habitudes, pétris de confiance en la technologie pour se sortir de ce mauvais pas, les humains ont traîné les pieds, résistant aux premières tentatives lancées au nom des « générations futures » par quelques courageux éclaireurs de faire émerger des modes de vie plus durables, pestant contre l’ « écologie punitive », râlant contre ces insupportables « privations de liberté ». Et puis de toute façon, « ce n’est pas notre affaire, allez demander aux chinois de moins polluer », et laissez nous consommer tranquillement (des produits importés de Chine). Fin de l’histoire.
Face au déni climatique, l’adaptation et l’atténuation comme nouveaux horizons politiques ?
Et puis l’histoire a basculé, et les changements climatiques sont devenus bien plus réels, bien plus palpables, bien plus concrets, impactant de plus en plus sérieusement la rentabilité de notre économie mondialisée. Une bataille a commencé à s’installer, entre ceux qui souhaitent maintenir le cap coûte que coûte, quitte à gangrener la société de leurs discours populistes (nul besoin d’aller jusqu’à Trump, il suffit en France de lire la récente lettre de Laurent Wauquiez aux agriculteurs), et une partie (croissante?) de la population convaincue que la situation est grave, et qu’il est temps de « faire quelque-chose ».
Mais que faire ? Dans quelle(s) direction(s) orienter nos efforts ? Les appels à l’action se multiplient, et trouvent une caisse de résonance dans l’accumulation de centaines de livres, documentaires, films, émissions de radio ou podcasts consacrés aux changements climatiques et à la nécessaire transition écologique de nos sociétés.
Pour le moment les initiatives portées ici et là par l’Etat, les collectivités territoriales, ou les entreprises (dans le cadre de leur plan RSE), tendent pour l’essentiel à répondre à une seule et même question, qui résume parfaitement de mon point de vue le paradigme de l’adaptation : « Comment garantir le maintien de nos activités dans le contexte des changements climatiques actuels ? ». Elles s’accompagnent de mesures dites d’ « atténuation », qui rassemblent toutes les actions visant à « réduire, éviter et compenser » les émissions de gaz à effet de serre.
387 jours
L’adaptation et l’atténuation sont bien sûr des démarches légitimes, et mêmes indispensables, car elles procèdent d’une logique de survie. Comment en effet imaginer le futur sans maintenir nos activités agricoles ou sylvicoles ? Sans soutenir les métiers de la construction ? Maintenir nos activités, c’est maintenir notre niveau de vie, maintenir des emplois, maintenir un appareil productif et des services (éducation, santé, transports...) devenus essentiels au fonctionnement de notre société.
Mais toutes essentielles qu’elles soient, ces démarches présentent un défaut majeur : elles sont anthropocentrées. C’est à dire qu’elles occultent complètement les équilibres complexes qui régissent la manière dont le vivant se déploie sur Terre depuis 4,5 milliards d’années. La crise actuelle n’est pas seulement liée au fait que nous émettons des gaz à effet de serre : nous avons dégradé les mécanismes (cycles de l’eau, de l’azote, du carbone, érosion brutale et massive de la biodiversité...), qui permettent à ces équilibres d’exister.
La régénération, une démarche indissociable de toute intention d’œuvrer ensemble pour une planète habitable
Si nous ne faisons « que » nous adapter et atténuer, notre sort sur Terre n’en restera pas moins funeste. Nous sommes contraints et forcés, en plus de ces deux approches, d’ajouter une autre dimension : celle de la régénération, entendue comme une action visant à réveiller les forces du vivant, seules capables de cultiver l’eau douce, de créer des sols, de multiplier les habitats… En reconnaissant le rôle des écosystèmes dans les grands équilibres biogéochimiques de la planéte, cette démarche positionne le rôle des humains dans une perspective écocentrée (et nous apprend au passage à faire preuve d’un peu plus d’humilité).
Il m’arrive d’entendre ici et là que l’adaptation, c’est « déjà pas mal », que c’est un premier pas. C’est en effet un premier pas vers l’action, et cet élan est précieux dans le contexte actuel de recul des ambitions écologiques de nos gouvernements. Mais ne nous méprenons pas : les démarches d’adaptation et d’atténuation ne sont pas des étapes sur le chemin de la régénération. Remplacer nos cultures agricoles par des cultures de plantes adaptées au climat sec ne permet pas de régénérer les cycles de l’eau douce, et c’est même plutôt l’inverse : en installant des plantes qui ont moins besoin d’eau, nous créons des écosystèmes qui évapotranspirent moins, favorisent moins la recharge des nappes, limitent moins le ruissellement et favorisent en revanche le risque d’inondation.
Faire de l’adaptation aux changements climatiques un horizon politique unique, c’est prendre le risque d’aggraver la situation à moyen et à long terme en cherchant à préserver ce qui peut l’être de nos activités à court terme. En croisant au contraire ces stratégies avec l’approche régénérative, nous disposerons d’outils plus fins pour éclairer nos choix politiques et éviter les contresens néfastes, pour le bien des générations actuelles et futures.
C'est la rentrée, et mon site internet a fait une petite révolution !
Publié le 18 septembre 2024
Une fois n'est pas coutume, je prends le clavier pour vous parler d'autre chose que d'agriculture ou de gestion de l'eau... Dans ce post, on va parler d'informatique, de libertés... et de promesses non-tenues.
Ce n'est rien de le dire, le numérique occupe aujourd'hui une place prépondérante dans nos vies, aussi bien personnelles que professionnelles. Le numérique est porteur de grandes promesses : réinventer la démocratie, partager les connaissances, émanciper les individus, moderniser l’économie et l’action publique...
Toutefois aujourd'hui il soulève des questions de confiance et de libertés, de pouvoir politique et économique, d’empreinte écologique, de marchandisation et d'exploitation abusive de nos données personnelles. Même si la règlementation aide, les grands acteurs trouvent toujours une parade et nous perdons au fur et à mesure du temps le contrôle sur nos outils de communication.
Pour ma part, sensibilisé très tôt dans mon parcours à ces questions (notamment grâce à l'excellent travail d'associations telles que Framasoft ou La Quadrature du Net), je privilégie autant que possible les solutions open-source, les logiciels libres et décentralisés, et la création de communs. Malgré cela j'utilise encore et toujours certains outils proposés par les GAFAM, et je sais bien que mes choix sont largement perfectibles.
Pour mon site internet (https://samuelbonvoisin.fr), j'utilise depuis le début Wordpress, outil largement utilisé (62,8% de parts de marché du CMS en 2024), et qui me semblait avoir beaucoup de vertus. Pourtant, en utilisant un outil d'audit portant sur les performances, l'empreinte carbone et la sécurité de mon site, je suis tombé de haut : à fonctionnalités égales (pour mon site : pages statiques + agenda + lettre d'info + formulaire de contact), il était possible de faire beaucoup, mais alors beaucoup mieux.
Il existe plusieurs entreprises qui proposent de faire des sites "light" / "éco-responsables" / "anti-collecte de données". Mon choix s'est reporté sur Vignette.eco, après une série d'échanges avec l'un de ses co-fondateurs. Le résultat m'a bluffé : le "clône" qu'il a réalisé en quelques clics était 3,5x plus rapide, 15x moins émetteur de CO2, et surtout beaucoup plus respectueux des libertés que mon site.
La promesse de Vignette.eco est simple : 0 cookie, 0 algorithme, 0 publicité et 0 collecte de données (ce qui veut dire que je renonce absolument et complètement à tracer toute information sur les visiteurs, ne serait-ce que leur nombre). Par ailleurs Vignette.eco n'est PAS gratuit, et ils expliquent très bien qu'il est nécessaire de sortir de la logique de gratuité apparente ("Si c'est gratuit, c'est toi le produit" - autrement dit nous échangeons l'accès aux services contre la diffusion d'infos personnelles qui ont une grande valeur pour ces entreprises).
Bref ! Tout ça pour dire que mon site est parfaitement identique (en apparence et en terme de fonctionnalités) à celui d'avant, mais qu'il est désormais beaucoup plus en phase avec mes valeurs, et que j'en suis très heureux.
J'en profite au passage pour vous inviter à vous inscrire à ma lettre d'info si vous ne l'avez pas encore fait : vous recevrez une alerte directement dans votre boîte mail quand je publie un article sur mon site, ce qui arrive environ 3 à 4 fois par an (pas de risque de vous innonder).