Non mais « à l’eau » quoi ! – Pourquoi il faut parler des liens qui unissent la gestion de nos paysages et la crise de l’eau

Même si j’ai été sensibilisé très tôt dans mon parcours à l’importance de la gestion de la ressource en eau, ma vision en a pourtant été longtemps tronquée, réduite à la question des « économies » d’eau, soit par la réduction des besoins, soit par le recyclage des eaux usées. En bref : faire avec ce qu’on a, et ne pas gaspiller. Ce n’est donc quassez récemment, vers 2014-2015, alors que je me formais à la permaculture, que j’ai été pour la première fois invité (par Franck Chevalier) à observer cette thématique sous l’angle de la « régénération ».

Pour comprendre la notion (qui peut sembler de prime abord un peu barbare) d’hydrologie régénérative, il faut prendre le temps de poser ce constat : les paysages (1), nos paysages, influencent le climat, et en particulier les régimes de précipitations. Cela peut paraître exagéré de dire ça, tant nous avons appris que les nuages se forment à partir de l’évaporation de l’eau au dessus des océans. En réalité 66% de l’eau qui précipite sur les continents vient… des continents, et particulièrement des sols, des sous-sols et de la végétation. C’est ce qu’on appelle l’eau verte, par opposition à l’eau bleue : celle qui vient des océans, des lacs et des rivières, et qui ne représente que 33%.

La quantité d’eau que les continents renvoient dans l’atmosphère est donc variable selon la façon dont les paysages de ces continents sont façonnés. Le vivant « cultive » ainsi l’eau (et modifie plus généralement le climat) depuis 3,5 milliards d’années. La morphologie (naturelle ou non) du terrain impacte nécessairement la capacité des paysages à retenir l’eau, mais bien d’autres critères entrent en ligne de compte : la nature des sols, s’ils sont couverts ou non, l’importance de la végétation, etc… Regarder la question de la crise de l’eau sous le seul prisme des émissions de CO2, c’est donc omettre une donnée cruciale et sur laquelle nous avons un impact assez immédiat : l’aménagement du territoire.

La 6ème limite planétaire a été franchie

Lorsqu’en 2016 j’ai commencé à expérimenter les approches d’hydrologie régénérative sur le terrain de l’Oasis de Serendip avec mon collègue ChanSac (PermaLab), le sujet était complètement méconnu. Peu de scientifiques étaient interrogés sur ces sujets, et nous n’étions encore qu’une poignée en France à tenter des expériences en lien avec ces constats. Le déclencheur a été la publication d’une étude fin avril 2022 par Le Stockholm Resilience Centre, qui a établi qu’une 6ème limite planétaire avait été franchie, celle de l’eau douce (et qui a proposé de préciser qu’il s’agissait de celle de l’eau verte) provoquant notamment une multiplication des épisodes extrêmes, aussi bien par le manque (sécheresses) que par l’excès (inondations).

Si la nouvelle avait bien traîné ici et là sur le mur des réseaux sociaux que je fréquente avec encore un peu d’assiduité, j’avoue n’y avoir sur le moment prêté que peu d’attention, noyé, comme beaucoup d’entre nous, dans la quantité d’informations que nous délivrent les médias chaque jour. C’est seulement quelques jours plus tard, le 6 mai exactement, qu’un petit événement (pour moi) se produisit. Alors que je revenais d’être allé conduire mes enfants à l’école, mon oreille est restée (presque littéralement) scotchée à l’autoradio, en entendant cette interview d’Emma Haziza :

Emma Haziza au grand entretien du 7-9 de France Inter le 6 mai 2022

Quel bonheur et quel soulagement d’entendre ce discours sur la 1ère radio française à une heure de grande écoute ! La suite de l’année n’a fait que confirmer l’émergence du sujet, les conditions climatiques de l’été en renforçant (hélas) le besoin, et les conflits opposant pro- et anti-bassines venant s’inviter dans les JT, ce qui a d’ailleurs eu au passage comme effet d’enfermer le débat et de le noyer dans des considérations techniques et des enfumages politiques. Les bassines sont l’arbre qui cache la forêt des problématiques de gestion de l’eau auxquelles nous devons faire face : réorganiser l’ensemble de nos modes de collecte et de gestion des eaux pluviales, aussi bien dans les villes que dans les campagnes avec un mot d’ordre qui tient en 4 verbes d’action : Ralentir, Répartir, Infiltrer et Stocker l’eau dans les paysages.

Car ce que nous indiquent les spécialistes qui étudient les cycles de l’eau verte, c’est que ce sont les cycles d’eau verte qui sont justement responsables d’une répartition plus homogène des précipitations continentales dans le temps et dans l’espace. Lorsqu’une molécule d’eau arrive depuis l’océan et précipite pour la première fois sur un continent, elle peut, en temps normal, être embarquée consécutivement jusqu’à 5 ou 6 fois dans des cycles d’eau verte. Ces cycles, perturbés par les changements climatiques mais aussi par des aménagements qui limitent la capacité naturelle de nos paysages à retenir, répartir, infiltrer et stocker l’eau (quand ils ne sont pas totalement effectués pour renvoyer directement et rapidement vers les rivières et la mer), ne jouent désormais plus leur rôle.

Faire connaître les liens entre le paysage et le cycle de l’eau, redonner du « pouvoir d’agir » aux citoyens et aux élus des territoires

On trouve encore, ici et là, des personnes (et même parfois des responsables politiques) pour assurer que « la situation n’est pas si catastrophique, on a déjà connu ça en (année particulièrement sèche dans la région de la personne) », « le BRGM a relevé que les nappes à (localité) s’étaient complètement remplies avec les pluies de cet hiver », ou encore « tout ça est surtout une opportunité pour les dirigeants de (nom d’un parti politique) d’attiser les peurs et de diviser la population ». Les scientifiques eux ne sont pas optimistes. Du tout. Et pas simplement à l’échelle nationale : les chercheurs estiment que l’Europe perd en moyenne près de 84 gigatonnes d’eau par an depuis le début du 21e siècle.

C’est ainsi que lorsque les médias ont commencé à s’emparer (un peu) de cette question des liens entre cycle de l’eau et aménagement du paysage au printemps 2022, cela faisait déjà plusieurs mois qu’avec mon collègue Simon Ricard (PermaLab), nous discutions de la manière de faire connaître ces sujets auprès du grand public. Depuis, tout s’est accéléré : nous avons initié avec Charlène Descollonges une rencontre qui s’est tenue à Annecy le 20 octobre dernier et qui a réuni 60 personnes.

Au cours de cette journée nous avons jeté les bases de l’association Pour Une Hydrologie Régénérative. L’intention de cette association est de diffuser la vision, les inspirations, le connaissances et les moyens d’une régénération massive du cycle de l’eau, comme essentielle et structurante pour des territoires et des nations résilientes face à nombre de problématiques liées à l’eau ainsi qu’aux évolutions climatiques et leurs conséquences sur les sociétés et les écosystèmes.

Dans la foulée de la création de l’association, j’ai donné de mon côté plusieurs conférences sur le sujet « Et si on pouvait cultiver l’eau ? » auprès de citoyens, d’agriculteurs, d’élus et d’agents territoriaux. Une soirée d’information, organisée à l’initiative du Syndicat Intercommunal Eau Potable Valloire Galaure et de la Communauté de Communes Portes de DrômArdèche a réuni 70 agriculteurs, dont plus de la moitié s’est engagée dans la foulée pour 5 ans dans un programme de transformation de leur parcellaire en suivant les principes de l’HR. Plusieurs nouvelles dates sont déjà programmées pour ce début d’année : je serai à Fruges (62) le 11/02, à Eurre (26) le 19/02, et à Besançon (25) le 23/03. Si vous souhaitez en organiser une près de chez vous, n’hésitez pas à me contacter.

Ces conférences ont pour objectif d’une part de sensibiliser le plus grand nombre à l’importance de changer notre regard sur la gestion de l’eau, et d’autre part de faire prendre conscience de notre responsabilité et de notre capacité d’action à l’échelle individuelle et collective : nous ne pouvons pas nous contenter de gérer une ressource qui nous parvient de façon de moins en moins bien répartie, générant alternativement inondations et sécheresses. Nous devons maintenant repenser nos paysages dans la perspective des bénéfices qu’ils peuvent nous prodiguer si nous en prenons le soin : régénérer durablement les cycles de l’eau douce.

S.B.

(1) Voir aussi les deux articles que j’avais consacré à la thématique de nos imaginaires et des paysages en 2021 : 1ère partie / 2ème partie.

Déserter, or not déserter ?

J’ai été touché, comme certain.e.es d’entre vous, par le discours publié le 11 mai dernier par 8 étudiant.e.s d’AgroParisTech à l’occasion de leur remise de diplôme. D’abord par l’effet miroir que cela a créé pour moi (j’ai moi-même été diplômé d’une école d’ingénieur en agriculture il y a 14 ans de cela). Je me suis reconnu bien sûr dans leur discours – je pensais plus ou moins la même chose à l’époque que ce qu’ils ont partagé – mais j’ai surtout été frappé, comme beaucoup, par la façon dont ce discours a été reçu, à la fois par l’assemblée présente ce jour-là, et aussi par les médias.

Appel à déserter – Remise des diplômes AgroParisTech 2022

En lisant les commentaires qui ont suivi la diffusion de la vidéo, et notamment la réponse du directeur d’AgroParisTech, j’ai remarqué qu’il leur a été surtout reproché la dimension de rupture avec la dynamique de l’institution (qu’elle soit scolaire, mais aussi économique et même politique). À aucun moment cet appel à « déserter », n’a été perçu par ces commentateurs (l’apostrophe de Laurent Buisson est, à ce titre, assez éloquente : « Ne soyez pas fatalistes ! ») pour ce qu’elle représente dans mon expérience de formateur en permaculture : une étape d’un deuil.

Déserter nos croyances et nos rêves hérités des 30 glorieuses

J’ai commencé à organiser des stages de permaculture en 2016, avec l’ami et collègue Chansac de PermaLab. Dès les premières semaines de stages, il m’est apparu que ces formations avaient une toute autre portée que simplement parler de poireaux et de carottes (!). Les personnes qui viennent dans ces formations sont traversées par des réflexions intenses, s’inquiètent (à juste titre) pour leur avenir et celui de leurs enfants. Elles traversent Nous traversons une période de deuils multiples : le deuil de la stabilité politique, celui de la prospérité économique, du confort matériel, de l’insouciance écologique, … autant de piliers sur lesquels reposaient notre culture d’enfants de familles de classes moyennes/supérieures de pays d’Europe occidentale ayant connu les 30 glorieuses.

L’écart grandissant entre les croyances et les rêves dont nous avons hérité et la réalité du monde qui se déploie de plus en plus crûment devant nos yeux provoquent des formes de dissonances cognitives variées, et face aux souffrances qu’elles engendrent, rendons-nous à l’évidence : nous avons BESOIN de déserter. Et nous avons besoin de LIEUX ADAPTÉS pour le faire.

Entendons-nous bien : pour moi il ne s’agit pas en réalité d’abord de déserter Bayer, Total ou le Crédit Agricole : ce rejet (compréhensible) des « grands méchants » n’est que la partie visible de l’iceberg (qui est d’ailleurs en train de couler le navire de l’humanité, entraînant au passage la chute d’un grand nombre d’autres êtres vivants). Non, il s’agit de déserter les paradigmes, les visions du monde, les systèmes de croyances qui CONDUISENT À CONCEVOIR des entreprises comme Bayer, Total ou le Crédit Agricole, et qui CONDUISENT À Y ACCEPTER des missions professionnelles où l’on participe à la destruction de notre propre planète, ou encore pire, à accepter de s’en émouvoir un peu pour pouvoir mieux continuer à la détruire cyniquement avec des bulldozers qui roulent au gaz naturel.

Comme les fourmis alors qu’on a marché sur la fourmilière

Or quels meilleurs endroits pour déserter ces façons de penser qu’une ferme collective dans les Pyrénées, une ZAD ou une ONG ? Quelle meilleure option pour faire ce deuil que d’échapper, ne serait-ce qu’un temps, aux injonctions à « rester dans l’action » dont le directeur d’AgroParisTech se fait le héraut, se positionnant même (!) en leader combatif de l’écologie : « Quoi qu’il en soit, pour les suivants, il faut qu’on essaie de davantage convaincre. (…) On n’a pas le choix. Car je ne vois pas en quoi se retirer sur l’Aventin va améliorer la situation. Il faut rester dans l’action. »

Alors on pourrait facilement s’en tirer ici avec un « Ok boomer » pour sanctionner rapidement le côté « donneur de leçons un tout petit peu mal placé pour parler », mais il me semblait que le sujet valait la peine qu’on s’y attarde un peu : Quand tenir ? Quand lâcher ? Pour répondre à quel(s) besoin(s) ? Soigner le sentiment de culpabilité de celles et ceux qui réalisent aujourd’hui avec effroi qu’ils ont été dans l’erreur et n’ont pas su/voulu écouter celles et ceux qui s’élevaient contre les orientations prises au cours de ces 30 dernières années ?

Quand tenir ? Quand lâcher ?

À mesure que notre société sort du déni et se laisse emporter par la sidération, puis par la colère, le sentiment d’urgence continue de grandir et nous nous activons d’une manière totalement désordonnée, comme les fourmis alors qu’on a marché sur la fourmilière. Les uns nous enjoignent à presser le pas, accélérer le mouvement « avant qu’il ne soit trop tard ». Ok pour avancer, mais pour aller où ? Les autres ne jurent au contraire que par la sobriété : il faut ralentir, réduire, limiter, atténuer… mais même en réduisant l’allure, nous savons que nous allons dans le mur.

Oui Mr Buisson, le doute s’est installé. Et inviter (avec plus ou moins de morgue ou de dépit) les nouveaux ingénieurs agronomes de notre pays à s’agiter pour trouver ici ou là des moyens de sortir de la crise écologique dans laquelle ils ont été plongés ne suffit plus à masquer le manque d’imagination et de courage de celles et ceux qui refusent aujourd’hui de déserter les logiques mortifères qui sont au centre de notre logiciel, et ne nous proposent comme mise en action rien de mieux que la course de la reine rouge. Pourtant, d’autres manières de concevoir l’avenir de nos sociétés existent déjà.

Changer d’air – Déserter les logiques mortifères

J’ai eu la chance de grandir à la campagne, au contact de la nature, et même si je ne peux pas dire que j’ai développé au cours de mon enfance et de mon adolescence une grande sensibilité dans ma relation avec le vivant, je pense que ça a tout de même participé (avec un environnement familial propice et soutenant) à me rendre curieux du monde dans lequel je vivais. Ma formation d’ingénieur m’a-t-elle encouragée dans ce sens ? Pas du tout. J’ai appris à mesurer, classer, organiser, calculer, planifier, anticiper, expliquer. Au cours de mes 5 années d’études supérieures, la formation qui m’a été proposée ne donnait qu’une place tout à fait marginale au développement de ma sensibilité, à l’observation fine des phénomènes naturels, à ma capacité à donner de la valeur aux êtres et aux choses qui m’entouraient ou à respecter la temporalité naturelle des choses.

Que peut faire (de bien) un ingénieur, bardé de plein de connaissances et de compétences pour « inventer des solutions », mais qui n’a développé aucun rapport sensible au vivant ? Aujourd’hui, des philosophes comme Bruno Latour, Baptiste Morizot ou Vinciane Despret, des scientifiques comme Arthur Keller ou Aurélien Barrau nous alertent sur le besoin de développer de nouveaux outils pour penser notre rapport au monde, et pour repenser notre place et notre rôle en tant qu’êtres humains sur la planète, avec la prise en compte de lois physiques, chimiques et biologiques qui prévaudront toujours sur notre souci de la santé de telle ou telle entreprise, ou de la sauvegarde des intérêts de telle ou telle classe sociale.

Ma rencontre avec la permaculture, un an après la fin de mes études, a été le déclencheur. J’ai découvert des outils pour m’inscrire harmonieusement dans un éco-système, en prendre soin, le comprendre, découvrir comment je peux me mettre à son service autant qu’il se met au mien. Devenir « un parmi », participer à la grande toile du vivant. Sortir une bonne fois pour toutes des logiques de possession, d’asservissement et de domination. En expérimentant ces principes sur un terrain 11,5ha à l’Oasis de Serendip, j’ai découvert que je peux concevoir des paysages qui récoltent la pluie, accueillent la biodiversité, génèrent de la fertilité, produisent de l’abondance.

Moi qui pensais que nous étions condamnés à concevoir des systèmes en vue de nous adapter aux changements climatiques, j’ai découvert le potentiel incroyable des systèmes régénératifs : car finalement si nous avons été capables d’influencer le climat dans un sens depuis la révolution industrielle, c’est que nous sommes aussi capables de l’influencer dans un autre sens, en apprenant à mieux comprendre et en mimant ce que font végétaux, bactéries et champignons depuis des centaines de millions d’années en modifiant substantiellement le climat de la Terre. Et je me suis demandé : pourquoi on ne m’a pas appris tout çà à l’école d’ingénieur ? Et même à l’école tout court ?

S’autoriser l’automne et l’hiver pour permettre au printemps de revenir

Puisque j’ai pris le temps dans ce (long) article de développer le thème de l’action, j’avais envie, en guise de clôture, de témoigner du fait que développer un rapport sensible au vivant et apprendre à observer plus finement le monde qui m’entoure m’avait permis ces dernières années de modifier substantiellement mon propre rapport à l’action.

Nous le savons, mais nous faisons tout pour l’oublier (jusqu’à décider de changer d’heure deux fois par an pour essayer d’en limiter la sensation) : tout, autour de nous, procède par cycles. Déserter, c’est donc s’autoriser à vivre l’automne, cette période où l’on ralentit, où l’on se délecte de récolter les fruits de ce qu’on a semé, mais où l’on est aussi attentifs à ce que la nature a prodigué, que la vie a mis sur notre chemin et que nous n’attendions pas. L’automne, c’est cette période où l’on voit les couches de notre vécu se déposer, et avec lenteur se décomposer, sans que l’on puisse savoir – à ce stade – ce qui va pouvoir y germer.

S’autoriser l’automne

Déserter, c’est enfin s’autoriser à vivre l’hiver, ce moment où l’on s’autorise à ne plus faire. Où l’on prend plaisir à être. A peine 2 ans après le 1er confinement lié à la crise sanitaire du COVID-19, qui se souvient qu’au milieu de l’angoisse de perdre l’un de nos proches, beaucoup d’entre nous se réjouissaient de sentir la planète « respirer » ? De voir les animaux, les paysages profiter de cette absence soudaine (et involontaire) des humains ? Cet « hiver » forcé à peine terminé, nous voilà repartis – comme si rien ne s’était passé – dans un fonctionnement de société « machine à laver », ivre de sa propre vitesse, où fleurissent plus facilement le burn-out et la dépression que la poésie et la méditation.

Alors faudrait-il systématiquement, au sortir d’une école d’ingénieur, se jeter précipitamment dans le quotidien d’une entreprise, d’un labo de recherche ou même d’une ONG ? Est-il impensable de se dire qu’il faut peut-être du temps pour digérer ce qu’on a appris, du temps pour en désapprendre une partie, pour mettre en pratique ce qui nous parle le plus, pour le mâcher, expérimenter. Et puis laisser venir les fruits. Accepter de ne pas re-semer tout de suite. Résister à l’injonction à « rester en action ». Et laisser passer l’hiver.

L’hiver passé, qui sait ce que le printemps apportera ? « Tout se jardine », nous dit Bill Mollison, l’un des fondateurs de la permaculture. Pour moi cela veut dire qu’on peut planter et semer des graines partout, y compris dans des grandes entreprises du CAC40 ou au plus haut sommet de l’Etat. Mais pour cela il faut savoir lâcher prise, car il se pourrait que cela produise moins de fruits que de cultiver son jardin – au moins encore pour quelques temps.

Belles récoltes à tous les 8, au plaisir d’échanger à l’occasion.

Bonne coupure estivale à l’équipe pédagogique de l’AgroParisTech. On a besoin de vous pour apprendre aux jeunes à « déserter ».

S.B.

2022 : une année pour porter des projets qui nous rendent heureux ?

S’il y a bien un point commun entre une grande partie des personnes qui s’intéressent à la permaculture, c’est le fait d’aspirer à des changements profonds, et d’avoir envie d’être actrices de ces changements. De fait, l’immense majorité d’entre nous se définit comme étant « en transition » – tantôt personnelle, tantôt professionnelle, souvent même les deux. 

Pour nous aussi, individuellement et collectivement, cette thématique de la transition est cruciale dans nos parcours. Alors on a décidé de placer ce début d’année, souvent synonyme de bilan, de moment où l’on fait le point et où on l’on prend parfois des engagements avec soi-même, sous le signe du « design de vie », en organisant une conférence interactive sur ce thème jeudi prochain sur le Campus (gratuite, ouverte à tou.te.s sur inscription) , et en proposant une offre spéciale sur notre cours en ligne « Piloter sa vie et ses projets avec la permaculture humaine » : 100€ de remise (valable jusqu’au 23 janvier à minuit) et un cycle d’accompagnement sur 6 semaines.

Mais qu’est-ce qu’on entend par « design de vie » ? Comme c’est une notion un peu obscure, et que le lien avec la permaculture n’est pas toujours bien compris, on a pris quelques minutes, confortablement installés dans le salon d’Antoine, pour vous en parler.

Si vous souhaitez vous lancer dans la réalisation de votre design de vie, n’hésitez pas à vous appuyer sur ce petit guide (le document dont nous parlons dans la vidéo), extrait de la formation en ligne, qui présente les principales étapes. Vous pouvez aussi consulter notre blog, et vous inscrire à notre groupe Facebook dédié au sujet.

-> Je veux m’inscrire à la conférence interactive du 13 janvier 2022

-> Je veux en savoir + sur le cours en ligne « Piloter sa vie et ses projets avec la permaculture humaine » et l’offre spéciale de début d’année (valable jusqu’au 23 janvier à minuit). 

Et si nous décidions de fêter le jour du dépassement ?

Ce 29 juillet, l’humanité a déjà consommé pour 2021 l’ensemble des ressources que la Terre peut régénérer chaque année. Et si cette date du dépassement (qui peut être différente d’une année sur l’autre) devenait une occasion pour les humains de se retrouver et de célébrer ? L’idée vous semble absurde, ou saugrenue ? Elle ne l’est peut-être pas tant que ça…

D’où vient cette idée ?

Il semble y avoir un consensus général pour dire que la crise sanitaire liée au COVID-19 représente un moment unique dans l’histoire récente de l’humanité autour de la question de la prise de conscience des conséquences de l’entrée dans l’anthropocène.

En plus de créer le « décalage » dont beaucoup de nos contemporains ont besoin pour prendre du recul et commencer à sortir, pour les uns du déni ou pour d’autres de la sidération, il tend à « synchroniser » les énergies, à la fois à l’intérieur des sociétés, et même à l’échelle mondiale.

Nous ne savons pas si ce genre d’événement se reproduira régulièrement ou non, ni, si c’est le cas, dans combien de temps. Comment dès lors utiliser la période pour pousser cet « avantage » soudainement créé, et tenter de faire avancer encore plus loin à la fois la prise de conscience, l’accompagnement humain que cela nécessite, et aussi la mise en place concrète d’initiatives de transition, préfigurations de l’ère post-moderne à laquelle nous aspirons ?

L’intention

Edgar Morin, qui fêtait récemment ses 100 ans, en parle très bien : « Ce monde n’est pas fini, il va gigoter encore ; après le confinement un boom économique provisoire le rassurera. Seul un nouveau mouvement citoyen animé par une pensée forte et une conscience lucide pourra ouvrir le chemin d’un monde nouveau. »

Il s’agit de :

  • Proposer un récit « puissant » (Cyril Dion, Pablo Servigne) – en s’appuyant sur quelques notions qui « parlent », y compris en détournant les codes actuels de la société. 
  • Frapper les imaginaires au niveau global (seule échelle pertinente, qui permet notamment de sortir des récits portés par les états-nations)
  • Se retrouver au niveau hyper-local (seule échelle pertinente, qui permet de valoriser les savoirs et cultures locales)

L’idée

En reprenant les codes de la fête nationale du 14 juillet, jour de commémoration (recueillement, souvenir, mémoire), mais aussi de festivités (culture populaire, joie, célébration), l’idée est de s’appuyer sur « le jour du dépassement » (cette année le 29 juillet), car il met en avant la notion de biocapacité (et donc de limite planétaire), et celle d’empreinte écologique (et donc de lien avec nos modes de vie). Par ailleurs, pour les français, les dates sont assez proches pour que le parallèle soit facile à faire pour tout un chacun. Cette date présente aussi l’immense intérêt d’être « planétaire », ce qui permet d’imaginer de susciter l’envie pour des humains d’autres régions du monde de rejoindre cette initiative.

Comment ?

1. Faire mémoire ensemble

En organisant dans des lieux publics de tous les quartiers et villages une cérémonie de commémoration en l’honneur :

  • des victimes humaines des désordres écologiques et climatiques depuis le début de l’anthropocène
  • des victimes humaines des inégalités sociales et de l’exploitation engendrées par le capitalisme
  • des victimes non-humaines des désordres écologiques et climatiques, et particulièrement des espèces disparues ou en voie de disparition
  • des paysages dégradés, forêts rasées, ressources pillées
  • de nos enfants, petits-enfants et arrières-petits enfants, qui seront de toute façon victimes de ces désordres.

2. Libérer la parole

Cette cérémonie sera suivie par une agora, espace de rencontre et de dialogue entre citoyens, autour de 3 dimensions indissociables :

  • Regarder la réalité en face. Parler de ce qu’il est difficile d’affronter, individuellement et collectivement. Sortir ensemble de l’ère moderne, entrer dans l’anthropocène, « atterrir » (Bruno Latour), etc. il s’agit de PRENDRE COLLECTIVEMENT EN MAIN L’ÉVEIL DE NOS CONSCIENCES, ce qui est devenu nécessaire et urgent. On peut s’appuyer sur des témoignages, des récits, mobiliser des artistes, des conteurs, etc…
  • Prendre soin de notre humanité en transition. Que ceux qui ont franchi le cap se mettent au service de ceux qui sont encore dans le déni, la sidération, la fuite, la colère, etc. Il s’agit de PRENDRE SOIN LES UNS DES AUTRES, car nous ne vivons pas tout cela de la même manière, et que nous avons besoin que le plus grand nombre possible d’humains s’y mette. On peut mobiliser des facilitateurs, des thérapeutes, des personnes capables, de beaucoup d’empathie, etc.
  • S’ORGANISER AU NIVEAU LOCAL, AFIN DE PRENDRE NOS RESPONSABILITÉS. Mettre en place toutes formes de coopération, d’entraide, au service de la construction de demain. Convoquer le non-humain, mettre en place des « contrats naturels » locaux à partir d’un état des lieux des communs. On peut mobiliser les acteurs de la transition, les paysans, les entreprises solidaires, etc.

3. Célébrer nos différences

Cette journée qui se déroulera simultanément partout sur la planète se poursuivra en soirée par des festivités pour célébrer la Terre, ses habitants (humains et non-humains), et mettre en avant la diversité des cultures locales.

Afficher une ambition commune, développer l’identité terrienne

L’enjeu in fine est aussi de « repousser la date du dépassement » : cela veut dire qu’en participant à une telle dynamique nous donnons de la consistance à un engagement de chacun envers la communauté terrienne : participer à l’effort commun pour repousser la date du dépassement. Qui sait, cela nous permettra peut-être ainsi de mesurer, d’année en année, le chemin parcouru collectivement, et, en déplaçant la date de notre célébration planétaire, d’avoir de nouvelles raisons de célébrer !

Alors ? Est-ce que cette proposition vous parle ? N’hésitez pas à le dire en commentaires !

Faire de l’échec sa force ! – Un podcast proposé par le Permacooltour


Le Permacooltour est un collectif itinérant qui réalise un tour de France des éco-lieux inspirés de la permaculture. A travers cette initiative, ces intrépides aventurièr.e.s aspirent à essaimer et à s’approprier les valeurs de la permaculture  : le respect de l’humain, le respect de la Nature et le partage équitable des ressources.

J’ai eu la chance de les côtoyer ce printemps pendant quelques semaines dans la vallée de la Drôme, où ils ont élu domicile le temps d’un re-confinement. Quelle joie de les voir s’activer, entre arbre et pirogue, et mettre leurs nombreux talents au service du monde qu’ils entendent créer !

Parmi leurs nombreux faits d’âmes, ils se sont lancés dans la réalisation d’une série de podcast, intitulée « L’Odyssée Permacurieuse ». Voici comment ils en parlent : « Des paroles de tous bords qui se mêlent pour vous transmettre leurs récits et expériences inspirantes. Ces rencontres nous ont touchées, nous avons passés quelques jours, semaines, heures avec elles dans leur cocon familial, collectif ou entreprise. Nous sommes heureux de pouvoir mettre en lumière leurs paroles, en espérant que leur témoignage vous touche ! »

Kevin m’a fait l’honneur d’un interview d’une heure, qui a donné lieu à la réalisation de ce 22ème épisode. A son invitation, j’y parle, depuis mon propre vécu, de l’expérience de l’Oasis de Serendip, cet écolieu en construction autour duquel je m’active depuis 2014. L’occasion de tirer des enseignements de ce parcours, et surtout de les partager à celles et ceux qui s’engagent sur les voies de la transition !

Si ce témoignage vous a touché, et que vous souhaitez laisser un petit mot, n’hésitez pas à le faire en commentaire. Si vous souhaitez soutenir le Permacooltour, c’est le moment de suivre ce lien !