Lettre ouverte à l’un.e de mes dernièr.e.s ami.e.s cornucopien.ne.s

Bonsoir mon ami.e,

Une nouvelle décennie s’ouvre, et pour notre génération comme pour celle de nos parents, l’avenir n’a jamais paru aussi incertain. Le monde lui-même, ou en tout cas notre perception de celui-ci, a changé tellement vite en 10 ans que la plupart d’entre nous en sommes aujourd’hui stupéfaits, interloqués, abasourdis… et désemparés.

En 2011, nous sortions à peine du Grenelle de l’environnement, qui marquait les premiers engagements de l’état en faveur de l’écologie. Les discussions sur les changements climatiques étaient réservées aux colonnes de quelques journaux spécialisés. Tout le monde se souvenait de la canicule de 2003 comme d’un événement singulier et isolé. Le dernier score du parti des Verts à une présidentielle était de 1,57%.

A cette époque, j’étais pétri de certitudes : celles qui me poussaient à me lever le matin en me demandant pendant combien de temps encore mes contemporains allaient rester aveugles devant le spectacle de la vie sur Terre qui se meurt, et sourds aux cris des lanceurs d’alerte qui se mobilisaient, parfois depuis déjà plus de 15 ans. Tu en riais, et tu te moquais (gentiment), me comparant au prophète de l’apocalypse dans « l’étoile mystérieuse » de Tintin.

Pourtant, les occasions étaient nombreuses de « passer le cap » : je me souviens notamment de cette enfilade de documentaires jusqu’à en avoir la nausée : « Nos enfants nous accuseront » et « Le monde selon Monsanto » en 2008, « Home » et « Le syndrome du Titanic » en 2009, « Notre poison quotidien » et « Solutions locales pour un désordre global » en 2010… Il en aura fallu du temps et des kilomètres de rushs pour amorcer ce mouvement de transition !

Et puis tout s’est accéléré. De marginales, les questions écologiques sont devenues de plus en plus centrales. Pour beaucoup, l’année 2015 a été une année charnière, un point de bascule, et une étape a été franchie. Au point que presque plus personne aujourd’hui n’ose contester (au moins publiquement) les chiffres de la catastrophe globale dans laquelle nous sommes plongés, ni refuser les projections des scientifiques du GIEC et des autres instances internationales travaillant sur les sujets de biodiversité, de disparition des sols ou de climat.

Alors je m’interroge. Tu as vu tellement de personnes bouger autour de toi, se laisser toucher, parfois par les faits, au travers des reportages, des rapports, des chiffres, à l’occasion d’un voyage, ou au travers des fictions, des récits qui ouvrent nos imaginaires. Mais tu t’obstines. Tu t’accroches. Tu négocies. « Ça ne peut pas être aussi grave ». « On a toujours réussi à s’en sortir par le passé ». « Tout ça, c’est la faute de ….. » (tu peux mettre ici le bouc émissaire que tu veux).

Oui, ça fait peur. Non, les humains ne sont pas prêts pour le moment à oeuvrer collectivement pour « renverser la vapeur ». Et oui, notre quotidien et celui de nos enfants, de nos petits-enfants et probablement d’autres générations encore sont en train d’être bouleversés. ça fait peur, mais t’enfermer dans le déni ne changera rien à la situation, et si tu ne bouges pas, c’est bientôt toi qui sera marginalisé (note que tu pourras toujours créer un club avec Donald Trump et Pascal Praud 😉 ).

Viens, on en parle. L’heure est trop grave pour les excès d’orgueil, et on se fout de savoir qui a accepté de regarder la réalité en face le premier. La situation évolue tellement vite que nous n’avons que le temps de panser nos blessures à l’âme, faire ensemble le deuil de la modernité, et marcher ensemble, un pied devant l’autre pour apprendre la sobriété, et tenter de réparer ce qui peut encore l’être. Pour nous. Pour nos enfants. Pour toutes les formes de vie sur Terre.

N’attends pas encore 10 ans. Appelle-moi.

1 Comment

  1. Merci Samuel pour ce joli texte! Tellement vrai…. j’essaie depuis mon passage à l’oasis d’appliquer les principes de permaculture dans mon espace de vie et dans mes relations. A travers mon activité de cueillette, j’essaie de transmettre l’intérêt de protéger cette nature. Je sens de plus en plus de personnes sensibilisées à cette question et il faudrait effectivement réveiller plus de conscience. Je t’embrasse. Julie Hue

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